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Comment je suis devenue photographe C'est un samedi de
1990. Je tourne en rond dans mon appartement en compagnie de mon fidèle
ami, G. J'ouvre un placard au hasard et j'en sors un appareil de photos
" Lubitel ", format 6/6, que j'avais gagné à une
loterie, alors que j'étais encore lycéenne. Il fait beau.
Je dis à mon interlocuteur : " Et si je me mettais à
faire de la photo, ça m'aiderait peut-être à vivre
? " Silencieux comme toujours, G, ne répond pas mais je lis
dans ses yeux un signe d'encouragement.
Nous allons nous promener dans Paris. Je commence à fixer sur l'objectif
ma rue, l'immeuble de Boffil, et G. pour modèle. La photo ne tarde
pas à devenir réflexe. Je sors armée, filtrée,
pelliculée. Je deviens avide. Telle un chasseur, je repère
tous les visages féminins que je n'ai de cesse d'immortaliser.
Les étrangères que j'interroge acquiescent et posent pour
moi. Je les maquille, je les coiffe, je les dirige, j'orchestre ma mise
en scène. Je convoque des danseurs, retiens la pirouette, accapare
le grand écart.
Je m'en tiens au noir et blanc, au trait de fusain. Ce n'est que plus
tard que j'introduis la couleur, créant ma palette au gré
des thèmes que je retiens. Ainsi à Vienne, je repère
toutes les boutiques où trônent des mannequins de cire dont
la capitale autrichienne a l'exclusivité, pour capter ces visages
de poupées aux confins de la réalité. Ces clichés
que je construis presque malgré moi, je les avais imaginés
bien avant de m'appareiller. Je m'oriente aussi vers l'eau, miroir d'une
nature insaisissable qui reproduit en les inversant les contours que je
choisis.
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Tant que j'aurais des yeux pour voir et des bras pour
tenir, je chercherai tantôt passionnément, tantôt désespérément,
à immortaliser cet éphémère qu'est la vie,
cette pérennité qu'est la beauté.
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